Une rencontre autour d’une dégustation de vins. Mon amie Véronique, me dit un jour : « viens chez Karine, dans sa boutique Miss TchinTchin à Boulogne Billancourt, tu vas l’aimer ! » Des échanges, de nombreux fous rires, la découverte de nouveaux cépages… Une soirée à 3, le début d’une histoire…Karine Bricout : La terre et le vin, passionnément

« N’éloignez pas les novices de la connaissance et du plaisir du vin par l’usage d’un vocabulaire réservé aux seuls initiés : parlez simplement de vos vins. Je suis entrée dans le monde du vin sans autre formation professionnelle qu’une gourmandise certaine des bonnes bouteilles. »  (Sidonie-Gabrielle Colette) – « Tout à fait ma philosophie. »

 

La terre, le vin, une histoire

La terre pour origine, Karine parle des vins avec passion. Elle nous conte leurs histoires, nous fait découvrir leurs subtilités de façon si naturelle. Elle rend enfin accessible leurs saveurs, leur langage.

Quand vous rentrez dans sa boutique, vous êtes accueilli/e en ami/e autour d’un verre. Sa générosité se ressent, son sourire est comme ce soleil qui réchauffe les vignes. Elle est entière avec ce regard bleu et pétillant.

Karine Bricout : La terre et le vin, passionnément« Née en champagne, j’ai très jeune été sensibilisée au vin. N’en déplaise à la loi Évin, lorsque nos parents recevaient des amis, nous avions l’autorisation de boire une gorgée de champagne. Mon parcours professionnel a ensuite révélé et exacerbé ma passion naissante pour le vin.

Sa carrière professionnelle dans le vin a démarré au Champagne Bollinger à Aÿ comme responsable des relations extérieures et de la communication.

« Un rêve pour une champenoise ! Travailler dans une prestigieuse maison de champagne. »

Le cœur a eu raison de la Champagne ! Et la voici dix ans plus tard à Paris, dans une enseigne sportive ! Mais comme chacun le sait, la passion l’emporte toujours : « la vigne et le vin me manquaient trop. Alors j’ai combiné vin et communication en intégrant une agence RP en charge de budgets vins entre autres. Un parcours professionnel guidé par la passion et la curiosité avec en fil rouge le vin. »

 

Œnologie et sommelière

Le monde se féminise dans tous les secteurs. Œnologues, sommelières, viticultrices ou négociantes, les vocations s’expriment, mais certains préjugés persistent.

« Le client qui vient au domaine et qui, accueilli par la vigneronne, demande à voir le vigneron. Et ce sempiternel « il devrait vous plaire, ce vin a un côté très féminin ». Mais que doit-on en déduire. C’est quoi un vin féminin. Un vin léger ? J’ai beaucoup d’amies qui aiment les vins charpentés comme un joli Châteauneuf-du-pape ou un Côté Rôties. »

Tu as tout à fait raison Karine : j’en fait partie, du corps de la terre, de la force : le vin a du caractère, une âme asexuée.

« J’ai moi-même souvent expérimenté chez Bollinger la suspicion. Un jour un client appelle pour prendre rendez-vous pour une visite de cave. Il me demande s’il est possible d’avoir une visite technique. Je lui réponds « oui, bien entendu » et lui confirme que je prendrai en charge la visite. Il m’a alors répété qu’il souhaitait une visite technique ! Le jour de la visite je n’ai parlé que technique allant jusqu’à parler de la fermentation malolactique, de l’autolyse des levures et j’en passe. Je sentais ce monsieur un peu perdu. A l’issue de la visite, j’ai eu plaisir à lui demander si la visite avait été assez technique. Il m’a répondu que « oui » ! »

 

Faut-il avoir un don pour faire ce métier ?

« Je ne pense pas que ce soit un don. Il faut avoir un nez sensible, une bonne mémoire et être dans l’instant présent. Être conscient du vin que l’on boit et le garder dans un coin de sa mémoire. Bien souvent je le mémorise par rapport à un lieu, aux personnes avec qui je l’ai bu et avec quoi. C’est plutôt une passion alliée à de la curiosité. J’aime les histoires autour des vins et pouvoir les transmettre.

Ensuite si j’ai passé le WSET, au-delà du fait que c’est toujours très intéressant d’approfondir ses connaissances, c’était aussi pour avoir une légitimité. À un caviste on ne demandera pas s’il a des diplômes dans le vin alors que l’on posera la question à une femme. Que c’est énervant. »

 

Le vin et les rencontres

Lorsqu’on aime la terre, ses produits, on aime forcément les gens, les échanges. L’un ne va pas sans l’autre. Avec sa boutique, Karine a fait de nombreuses rencontres, certaines plus marquantes :

« Certains clients m’ont marqué, oui. L’un promenait son chien tous les soirs vers 20h30. Il passait juste avant la fermeture pour acheter une bouteille. Je savais alors que c’était l’heure de fermer. Un autre qui avait identifié un vin qu’il aimait. Régulièrement il venait, prenait la bouteille (le concept faisait que les vins étaient rapidement identifiables) et repartait. 3 min chrono ! Parfois je lui proposais d’autres cuvées qu’ils apprivoisaient pour ne plus en changer… »

Aujourd’hui encore, Karine se rapproche des gens. Si la boutique a dû fermer pendant le confinement -Covid19, Miss TchinTchin est toujours aussi active, et ses clients fidèles ! Karine conseille et livre à domicile. Après la création d’un groupe sur WhatsApp, elle a développé les réseaux sociaux, et connait chaque client. Un réseau se tisse autour d’elle et du vin.

« Ma clientèle se concentre essentiellement sur des amateurs ou amatrices curieux. Elle souhaite découvrir, se laisser emmener vers une région, un cépage ou un domaine. Elle n’achète pas pour une étiquette connue. Elle évite les enseignes nationales, aime une offre claire et restreinte pour mieux mémoriser les cuvées et affiner son palais. »

 

Le choix des vignerons

« Ce qui m’importe c’est la manière dont ils conduisent leur vignoble et leur vinification. S’ils ont une démarche environnementale et à quel moment elle intervient. Bien sûr cela ne se voit pas sur l’étiquette. Mon rôle est justement de les sélectionner pour le client. Le boucher sélectionne ses éleveurs, le fromager ses producteurs et Miss TchinTchin ses vignerons (sous-entendu vigneronnes aussi bien sûr).

De préférence des domaines familiaux, des artisans vignerons. Des hommes et des femmes qui travaillent avec cœur et passion. Le riche industriel qui se fait plaisir en rachetant un domaine viticole en prenant l’œnologue star n’est pas ma cible.

Et surtout qu’il y ait de vraies valeurs humaines. Je rencontre parfois des vignerons sur des salons qui sont à peine aimables. Je passe mon chemin. »

 

Dégustation et conservation du vin

Quels sont tes conseils pour déguster et conserver le vin ?

« Pour bien déguster, il faut laisser aller ses sens. Ce n’est pas parce que l’un dira qu’il sent l’abricot que tu dois le sentir aussi. Chacun d’entre nous à ses souvenirs olfactifs. Je peux être sensible aux arômes de champignons ou d’humus car cela me rappelle les odeurs de caves qui émanaient des soupiraux lorsque je marchais dans les rues du centre de Reims où je suis née. L’un se remémorera le chèvrefeuille de ses balades en forêt et l’autre les fruits rouges de la confiture de sa grand-mère.

Ce qui est important c’est de laisser aller ses perceptions et prendre confiance en soi. Un peu comme dans la vie finalement. Laisser son soi intérieur s’exprimer sans peur de ce que peut dire l’autre.

Ensuite il faut être curieux et ne pas s’enfermer dans un style de vin. Oser la nouveauté. C’est en découvrant que l’on apprend.

Pour conserver un vin si c’est sur du long terme, il faut de préférence un lieu avec une température fraiche et constante (L’idéal entre 10°C et 15°C), à l’abris de la lumière et des vibrations. Or tout le monde n’a pas ce graal. Eviter le plus possible les amplitudes thermiques et coucher les bouteilles à l’horizontal. Un peu d’humidité c’est bien. Et surtout ne pas bétonner le sol de la cave si possible. La terre battue c’est l’idéal. »

 

On fait un apéro ?

Si je te dis :

  • J’apporte les fromages, les pains, le raisin et toi ? « Le vin ! Un vin blanc de préférence car le mariage vin rouge et fromage est rarement heureux. Si c’est pour l’apéro, j’en déduis que ce seront plutôt des fromages faciles à manger avec des pics en bois (en cette période de crise sanitaire !). Pour un chèvre je porterais mon dévolu sur un vin de Touraine, cuvée Vinifera de chez Henri Marionnet, un 100% Chenin issu d’une vigne non greffée. Pour un comté, que j’imagine à 24 mois minimum car j’ai vite deviné ton côté épicurien, ce serait la cuvée Pureté du Champagne Geoffroy. Un vin zéro dosage. Le cépage Meunier présent à 50% dans l’assemblage et le vieillissement ont donné rondeur et fruité. Il s’harmonisera parfaitement avec ce fromage à pâte pressée.

 

  •  J’apporte le jambon Serrano, des copeaux de parmesan, le pain … « J’en ai l’eau à la bouche ! Si nous ne sommes que quatre, je sors de ma cave un RD 1990 dégorgé en 2001. Le vieillissement une fois dégorgé n’est pas la philosophie de la maison Bollinger avec sa cuvée RD (qui signifie « Récemment Dégorgé ») mais j’aime aussi les vieux champagnes. Ce côté légèrement oxydé. Si nous sommes plus nombreux, je pense à ceux qui ont des goûts plus classiques. J’apporte un vin rouge, de préférence peu tannique, comme la cuvée Le Prieuré du Domaine Cheysson. Un Chiroubles 100% Gamay bien sûr, comme tous les rouges du Beaujolais. Comme avec le fromage, le gras de la charcuterie a un effet négatif sur les tanins du vin, qui se durcissent et deviennent asséchant. J’opterai donc aussi pour un vin rosé, la cuvée Château Sainte-Marguerite. Ce cru classé de Provence est un petit bijou.

 

Et si tu amènes tout l’apéro ?

« Gougères faites maison, bâtons de carottes (ça me déculpabilise !), tarama de chez Bellota-Bellota et ses blinis. J’apporte à nouveau du champagne. Je n’y peux rien je suis tombée dans le tonneau étant petite !

Le tarama est gras, donc mieux vaut privilégier l’acidité. Les vins effervescents sont intéressants car le milieu carbonique constitue une excellente opposition.

Je mets dans mon panier tout d’abord la cuvée Blanc de blancs du champagne Doré. En général j’aime les champagnes vineux. Je trouve souvent les Blanc de blancs (sous-entendu 100 % Chardonnay) trop légers mais celui-ci est issu des vendanges 2012 et 2013. Il a donc été mis en bouteille en 2014 et a vieilli au minimum cinq ans en cave alors que l’AOC demande 18 mois pour un non millésimé. De plus sa bouteille est très jolie.

J’y ajoute pour les curieux qui aiment découvrir, la cuvée Blanc de noirs Larguillier (100% Pinot noir) du champagne Coessens. Ce vin est issu d’une parcelle bien spécifique et produit uniquement à 10 000 bouteilles.

Comme je pense aussi à ceux qui n’apprécient pas les bulles, mon panier s’enrichit de la cuvée Romo du Domaine des Huards, un vin blanc 100% Romorantin, le cépage roi de l’appellation Cour-Cheverny (Loir et Cher).

 

Quels sont les vins que tu bois chez toi avec ta famille, tes amis ?

« En famille c’est très souvent le champagne, la boisson locale ! On partage nos coups de cœur, comme un vin de Touraine ou un vin sud africain avec un de mes frères, qui a travaillé 20 ans en Angleterre pour des importateurs de vins et qui a ouvert en 2019 un restaurant à Reims (Le Bistro des Anges face à la cathédrale).

En tant que champenoise, à la maison j’ai toujours une bouteille de champagne au frais. Pour les amis, je m’adapte en fonction de leurs goûts. J’aime faire plaisir et les sortir de leur zone de confort. A celui qui ne jure que par le Bordeaux, je lui servirai à l’aveugle une cuvée atypique du Beaujolais. »

 

Merci Karine !

 

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